QE 12/02/2026 à la Ministre Neven : l’obsolescence des appareils de chauffage à bois
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Question (Nicolas Janssen). – Le chauffage au bois-énergie peut contribuer aux objectifs énergétiques régionaux à condition de s’appuyer sur des équipements performants et sur des pratiques d’utilisation adéquates. Or, une part non négligeable du parc wallon reste composée d’appareils anciens ou obsolètes, parmi lesquels les feux ouverts, dont le rendement énergétique est très faible et dont les émissions de particules fines sont particulièrement élevées.
Dans ce contexte, quelle est la stratégie du Gouvernement wallon en matière de communication sur l’obsolescence des appareils de chauffage au bois, y compris les feux ouverts, d’éducation des citoyens à une utilisation correcte et responsable du bois-énergie, et de remplacement progressif du parc le plus polluant par des équipements plus performants, tout en garantissant une amélioration de la qualité de l’air et la protection de la santé publique ?
Mme Cécile Neven, Ministre de l’Énergie, du Plan Air-Climat, du Logement et des Aéroports. – Le secteur résidentiel représente près de la moitié des émissions de PM2.5 en Région wallonne (47,3 % pour l’inventaire de 2023, émissions de 2021). Au sein de ces émissions résidentielles, les émissions du chauffage au bois sont estimées à 81,1 %. Effectivement, les systèmes les moins performants au niveau du rendement énergétique sont également ceux dont les émissions de particules fines sont les plus importantes.
Selon l’étude de 2019 du parc wallon des installations de chauffage décentralisées alimentées en bois buche, soit les poêles à bois, 54 % des installations ont plus de 15 ans. Les feux ouverts, dont les rendements énergétiques sont faibles et dont les émissions de particules fines sont élevées, représentent 4 % du parc. Les feux ouverts ont un rendement moyen de 15 % et émettent plus de 2 fois plus de particules fines qu’un poêle à bois qui respecte le Règlement 2015/1185, dit EcoDesign 2022.
Afin d’objectiver la contribution du chauffage au bois dans les émissions de particules fines, l’AWAC, en collaboration avec l’ISSeP, a réalisé une première campagne de mesures spécifiques au cours de l’hiver 2024-2025 sur quatre sites de mesures en zone rurale ou résidentielle urbaine. Cette campagne a montré que la contribution du chauffage au bois pour les concentrations de PM2.5 pendant la saison hivernale 2024-2025 se situe entre 14 % et 23 % selon le site de mesure.
La question des émissions liées au chauffage au bois est bien présente dans le PACE 2030. Les mesures suivantes y sont reprises :
C1 – Dans le domaine résidentiel, interdire l’installation de nouveaux feux ouverts à bois (classique par opposition aux appareils à combustion en chambre fermée comme les poêles à bois, ou les inserts/cassettes) à partir de 2024, à l’exception des biens patrimoniaux classés ;
C4 – En cas de pic de pollution, recommander d’éviter l’utilisation du chauffage au bois d’agrément s’il ne s’agit pas du moyen de chauffage principal ;
C12 – Maintenir la sensibilisation des utilisateurs sur les risques et les bonnes pratiques via davantage de communication sur les systèmes et le bon usage d’installation de chauffage propre et performante, en mobilisant de nombreux relais ;
295 – Revoir la réglementation sur les chaudières biomasse et l’étendre aux poêles à biomasse ;
296 – Mettre en place une prime au remplacement des systèmes de chauffage individuels biomasse peu performants par installations permettant de réduire drastiquement le rejet de particules.Une priorisation du PACE a été validée par le Gouvernement via une feuille de route 2025. Vu les évolutions des réglementations au niveau européen, révision Ecodesign 2027, ces mesures n’ont pas été reprises dans la feuille de route 25, mais comme le sait l’honorable membre, elles restent dans le PACE et donc dans les actions à mettre en œuvre ou à ajuster sous cette législature.
Pour rappel, les principaux changements attendus avec EcoDesign 2027 incluent :
– une réduction encore plus stricte des émissions de particules fines, pour limiter la pollution de l’air,
– un rendement énergétique optimisé, garantissant une meilleure efficacité de combustion,
– l’intégration progressive de systèmes de régulation automatique, pour ajuster la combustion en fonction des besoins et limiter la consommation de bois,
– des exigences renforcées sur l’installation et l’entretien des appareils, afin d’assurer un fonctionnement optimal et durable.
En ce qui concerne les travaux relatifs au PACE 2040, ils sont initiés. Nous comptons rédiger le prochain PACE selon des critères bien spécifiques c’est-à-dire notamment une liste de mesures restreintes et structurantes qui, afin de faire preuve de cohérence, se base sur les actions déjà entreprises.
Concernant la communication et la sensibilisation qu’évoque l’honorable membre, et qui est reprise dans le PACE, l’Agence wallonne de l’Air et du Climat subsidie chaque année depuis 2015, l’ASBL Valbiom pour organiser la campagne « La Maitrise du Feu » afin d’informer et de sensibiliser à la bonne utilisation du bois bûche en tant qu’énergie. Cette campagne vise notamment à transmettre les bons gestes quant à l’utilisation du bois bûche à des fins de chauffage, mais aussi à informer sur les émissions de polluants liées à la combustion. Le remplacement des installations vétustes est abordé dans la campagne en mettant en lumière les différences de rendement, de confort et d’émission de polluants. La campagne est disponible sur le site web : https://www.lamaitrisedufeu.be/.
Par ailleurs, le Plan wallon Environnement-Santé (ENVIeS) prévoit de mettre en œuvre des projets pilotes à l’échelle locale pour identifier des méthodes adéquates de réduction des émissions liées au transport et au chauffage biomasse à partir de 2026. Cette action s’appuiera sur une sensibilisation à la pollution liée aux différentes méthodes de chauffage et sur les moyens de réduire les émissions.