QE 02/09/2026 à la Ministre Dalcq : Le développement de la filière des légumineuses en Wallonie
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Question (Nicolas Janssen). – Les crises récentes ont rappelé combien notre agriculture est dépendante de la volatilité des prix de l’énergie.
Les engrais azotés, dont la production reste fortement liée au gaz naturel, représentent un coût important pour de nombreuses exploitations. Dans ce contexte, les légumineuses constituent une opportunité concrète pour nos agriculteurs. Elles fixent naturellement l’azote de l’air, réduisent certains besoins en fertilisation, améliorent la qualité des sols et diversifient les rotations. Mais leur intérêt est aussi alimentaire. Les lentilles, pois chiches, haricots secs, pois, féveroles ou encore le soja sont riches en protéines végétales, fibres et nutriments. Leur développement permettrait donc de renforcer notre autonomie agricole, de réduire certains coûts de production et d’offrir aux citoyens une alimentation plus saine, locale et produite en Wallonie. Or, la réflexion sur les protéines végétales reste encore largement orientée vers l’alimentation animale. Le potentiel des légumineuses destinées à la consommation humaine mérite d’être davantage valorisé, notamment via la transformation locale, les circuits courts, la restauration collective et permettrait d’offrir de nouveaux débouchés pour nos producteurs. La Wallonie dispose déjà de leviers, notamment dans le cadre de la PAC et du soutien aux cultures de protéines végétales. Comment ces outils peuvent-ils soutenir une véritable filière wallonne de légumineuses alimentaires ? Quelle place le Gouvernement wallon entend-il leur donner dans sa politique alimentaire et agricole ? Comment entend-il accompagner les agriculteurs et structurer la filière, du conseil technique à la sécurisation des débouchés, en passant par le triage, le stockage, le séchage, la transformation et la commercialisation ?
Mme DALCQ Anne-Catherine, Ministre de l’Agriculture et de la Ruralité – La Wallonie dispose déjà de plusieurs leviers pour soutenir le développement de la filière des légumineuses. Dans le cadre du Plan stratégique wallon de la PAC, les producteurs peuvent bénéficier d’un soutien couplé aux protéines végétales pour des cultures telles que les féveroles, pois protéagineux, soja, lupin, lentilles ou pois chiches. Pour la campagne 2026, ce soutien est estimé à 375 euros/ha, avec un montant variant entre 270 et 400 euros/ha en fonction des superficies déclarées et de l’enveloppe disponible.
Ce soutien peut être complété par les aides en agriculture biologique, ainsi que par les écorégimes lorsque les conditions d’éligibilité sont remplies. Dans certaines situations, notamment en agriculture biologique, le niveau total d’aide peut ainsi dépasser 600 euros/ha. Ces dispositifs contribuent à réduire le risque économique lié à l’introduction de cultures encore relativement nouvelles dans les rotations. Ils encouragent également les services écosystémiques rendus par les légumineuses, notamment la fixation naturelle de l’azote atmosphérique, la diversification des rotations et l’amélioration de la fertilité des sols.
La Wallonie s’inscrit dans une dynamique observée dans plusieurs pays européens, où le soutien à la production est progressivement complété par une approche de développement de filière associant production, transformation, distribution et consommation. Pour cela, le Collège des Producteurs a développé un plan stratégique de développement de la filière en partenariat avec les acteurs d’encadrement et les acteurs de filières. Le principal défi réside aujourd’hui dans la structuration du marché. Les agriculteurs restent confrontés à des rendements variables, à un manque de références techniques et à des débouchés encore limités face à des cultures concurrentes souvent plus rémunératrices. Les travaux menés par le CRA-W et les centres pilotes contribuent à lever progressivement ces freins, notamment en matière d’itinéraires techniques et de cultures associées. Pour assurer des débouchés durables aux agriculteurs, il est néanmoins indispensable que la demande progresse également.
Le Collège des Producteurs participe aux échanges avec les régions voisines et les acteurs européens afin d’identifier les bonnes pratiques et les leviers permettant d’accélérer le développement de cette filière. Il a notamment contribué, aux côtés de nombreux partenaires, à l’élaboration d’un positionnement commun en faveur d’une stratégie nationale de développement des protéines végétales.
L’accompagnement des agriculteurs passe d’abord par le renforcement des connaissances techniques. Le CRA-W, le centre pilote CePiCop et les structures d’encadrement poursuivent leurs travaux afin d’améliorer les références agronomiques, de sécuriser les itinéraires techniques et de développer des systèmes de cultures associés permettant de limiter les risques économiques. Au-delà de la production, le principal enjeu est aujourd’hui celui de la structuration de la filière. Les besoins concernent le développement d’outils de triage, de stockage, de séchage et de transformation, mais également une meilleure coordination entre les producteurs, les transformateurs et les distributeurs. Les travaux menés au sein des commissions filières du Collège des Producteurs contribuent à renforcer ces liens entre les différents maillons de la chaîne de valeur. Ils permettent notamment d’anticiper les besoins des transformateurs et de la distribution afin de donner davantage de visibilité aux producteurs sur les cultures et les volumes recherchés. Cette visibilité est essentielle dans une filière où les besoins industriels peuvent évoluer rapidement en fonction des innovations et des attentes des consommateurs. Par ailleurs, un travail de suivi est réalisé par le Collège des Producteurs pour suivre les relations établies lors de ce premier semestre et encourager les centrales de distribution à augmenter l’offre de protéines végétales produites en Wallonie (en produit brut ou peu transformé), tout en travaillant avec l’industrie pour la création de produits transformés à base de protéines végétales.
L’ambition est donc de poursuivre le développement progressif d’une filière wallonne des légumineuses en mobilisant simultanément les outils de la PAC, l’accompagnement technique, la recherche appliquée, l’innovation dans la transformation et le développement des marchés, afin d’offrir de nouvelles perspectives économiques aux producteurs wallons tout en répondant aux attentes des consommateurs.