QO 04/11/24 à la Ministre Dalcq : la lutte contre l’écrevisse rouge de Louisiane
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Question (Nicolas Janssen). – Madame la Ministre, l’écrevisse rouge de Louisiane est une espèce exotique envahissante. Elle a fait son apparition dans les cours d’eau et les étangs du Brabant wallon, notamment le long du Mille et dans certains étangs privés. Déjà présent en de nombreux points en Wallonie, ce crustacé est connu pour ses effets dévastateurs sur les écosystèmes aquatiques : propagation de maladies, destruction de berges, prédation des espèces locales comme les têtards et de nombreux insectes. Pour contrer cette menace, le programme européen LIFE RIPARIAS, géré localement par les contrats de rivière, a entamé des campagnes de piégeage et de suivi, mais, à mi-parcours de ce projet de six ans, il serait pertinent de s’interroger sur les résultats obtenus et les perspectives pour limiter la propagation de l’espèce. La Déclaration de politique régionale inclut d’ailleurs la lutte contre les espèces invasives parmi ses priorités, en appelant à une meilleure coordination entre les pouvoirs publics et les acteurs de terrain, tout en simplifiant les démarches pour répondre aux dégâts causés par ces espèces. La situation de l’écrevisse de Louisiane, bien qu’encore localisée, constitue un enjeu significatif en la matière. Le programme LIFE RIPARIAS est donc à mi-parcours. Pourriez-vous nous faire un bilan des actions menées spécifiquement contre ces écrevisses ? Comment la Région collabore-t-elle avec les acteurs locaux, comme les contrats de rivière et le DNF, pour renforcer cette lutte ? Les écrevisses de Louisiane sont comestibles et très appréciées dans leur région d’origine. Y a-t-il des discussions ou initiatives en cours pour valoriser cette espèce sur le plan économique, en plus des efforts pour la contrôler écologiquement ?
Mme Anne-Catherine Dalcq, Ministre de l’Agriculture et de la Ruralité. – Monsieur le Député, l’écrevisse de Louisiane fait partie des espèces classées comme espèces exotiques envahissantes. Cette écrevisse est actuellement recensée sur une quarantaine de sites en Région wallonne, aussi bien dans des plans d’eau fermés que dans des cours d’eau. Principalement observés en province de Hainaut, on la retrouve aussi en province du Brabant wallon ainsi que dans les trois autres provinces. À noter qu’elle est également bien présente en Flandre et en Région bruxelloise. D’une manière générale, il faut savoir que les écrevisses font partie des espèces exotiques envahissantes les plus difficiles à éradiquer. L’éradication sera donc un objectif à garder pour les situations précoces d’invasion, les petits plans d’eau ou les sites jugés hautement prioritaires du fait, par exemple, de leur valeur conservatoire ou de leur localisation géographique. Dans des sites plus fortement envahis, dans les plans d’eau pour lesquels un assèchement n’est pas possible, ou quand il n’est pas possible d’isoler la population dans les cours d’eau, par exemple, le contrôle est généralement envisagé. Celui-ci permet le redéveloppement ou développement d’une diversité d’espèces ainsi qu’une réduction des nuisances directes et indirectes des écrevisses. Actuellement, dans le cadre du projet LIFE RIPARIAS, un test de gestion, sur un étang privé à Grez-Doiceau envahi par l’écrevisse de Louisiane, est en cours. Le début de gestion a consisté principalement en une mise en assec des étangs après avoir posé une barrière pour empêcher la fuite des écrevisses vers le cours d’eau voisin. Il faudra toutefois attendre encore quelques mois pour tirer des conclusions définitives sur la réussite de l’opération. Toujours dans le cadre de ce projet LIFE, des formations à l’identification et aux bonnes pratiques de gestion des écrevisses exotiques envahissantes ont été dispensées à de nombreux acteurs de terrain. L’accent a été particulièrement mis sur les mesures préventives pour éviter au maximum la dispersion des individus ainsi que sur les mesures de biosécurité pour ne pas protéger davantage l’aphanomycose ou peste de l’écrevisse susceptible de décimer les dernières populations d’écrevisses indigènes. En parallèle, une surveillance renforcée est mise en place sur de nombreux plans d’eau en Wallonie afin d’améliorer nos connaissances sur la répartition des différentes espèces d’écrevisses exotiques sur notre territoire et l’arrivée éventuelle de toute nouvelle espèce. Cette surveillance est réalisée par des agents de contrats rivières dans le cadre de la convention pour assurer la surveillance et la lutte contre les espèces exotiques envahissantes dans les milieux aquatiques et rivulaires, et fournir un soutien au monitoring et à la cohabitation avec le castor européen. Enfin, concernant la valorisation économique de l’écrevisse de Louisiane, celle-ci n’est heureusement pas encore assez présente que pour obtenir une rentabilité économique et il n’y a à ma connaissance pas d’initiatives de ce type pour le moment.