QO 04/11/24 à la Ministre Dalcq : la neutralisation des nids de frelons asiatiques
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Question (Nicolas Janssen). – Madame la Ministre, je vous interpelle sur ce sujet en cette période automnale, car, contrairement à ce que l’on pourrait croire, il s’agit d’une période clé pour la détection et la neutralisation des nids de frelons asiatiques. Au printemps 2023, la politique wallonne de gestion des frelons asiatiques avait révélé qu’une éradication complète de cette espèce invasive était irréaliste. Cela nécessitait l’adoption d’une nouvelle stratégie annoncée la même année, qui privilégie une approche de cohabitation maîtrisée plutôt qu’une éradication totale dans notre Région. Cependant, des retours du terrain indiquent que cette réorientation suscite encore des incertitudes quant à sa mise en œuvre concrète. Pourriez-vous faire le point sur la politique actuelle relative à la lutte contre les frelons asiatiques, même si cela a déjà été évoqué dans certaines questions aujourd’hui, lors de notre commission ? Comment s’organise-t-elle entre les différents niveaux de pouvoir ? Par ailleurs, votre prédécesseur en charge de l’apiculture avait mis en place en 2023 un plan d’action en trois axes, soutenu à hauteur de 257 000 euros. La première étape de ce plan permettait la distribution de près de 4 000 kits de piégeage des reines fondatrices pour le printemps 2024, à l’attention des apiculteurs enregistrés auprès de l’AFSCA. Pourriez-vous faire le point sur ce plan ? Sera-t-il poursuivi en 2025 ? Quant au matériel, si les outils ont été financés par la Région wallonne et pourront être utilisés de nombreuses années, l’insecticide en lui-même doit être renouvelé. Sera-t-il encore financé par notre Région ?
Mme Anne-Catherine Dalcq, Ministre de l’Agriculture et de la Ruralité. – L’éradication du frelon asiatique sur notre territoire étant devenu illusoire, les ministres en charge de l’Environnement et de l’Agriculture ont convenu en 2023 d’une stratégie de gestion ciblée et raisonnée pour d’une part, rationaliser les moyens dédiés à cette problématique et, d’autre part, minimiser l’impact sur l’environnement. Les règles d’intervention actuelles sont claires et semblent suffisantes pour répondre aux besoins identifiés. C’est ainsi qu’il a été décidé que les pouvoirs publics n’interviendraient plus dans la neutralisation des nids que sur leur domaine et en cas de danger pour la santé publique. Pour ce qui est de l’impact sur l’activité apicole, un plan de gestion basé sur trois axes a été mis en place. Le piégeage des reines fondatrices au printemps, la protection des ruchers et la neutralisation des nids. Dans tous les cas, l’intervention doit être raisonnée et pas systématique. Deux facteurs sont à prendre en compte : le risque pour la santé des personnes ou l’impact potentiel sur un rucher. Il est fait appel aux zones de secours ou à des désinsectiseurs privés tandis que le coût des interventions est à la charge du pouvoir commanditaire. Si le nid est situé sur le domaine public régional, la demande de neutralisation est adressée à la Cellule interdépartementale des espèces invasives. Dans le cas où le nid est situé à moins d’un kilomètre d’un rucher et qu’il impacte ce dernier, l’apiculteur touché, identifié auprès de l’AFSCA, peut solliciter via l’application FixMyStreet l’intervention gratuite d’une section apicole locale équipée dans le cadre du plan de gestion mis en place pour soutenir le secteur apicole. En outre, il est veillé à une sélectivité optimale des pièges mis en œuvre et à un emploi prudent et parcimonieux de l’insecticide de neutralisation. Afin de garantir la durabilité et la pérennité de ce plan, les apiculteurs ont été impliqués au maximum. Dans toutes les autres situations, les interventions sont à charge du demandeur. Si le nid est jugé problématique, il est recommandé de faire appel à un neutralisateur privé en se référant à la carte des neutralisateurs officiellement formés par le CRA-W. Ces prescriptions ont été communiquées aux acteurs concernés et sont visibles notamment sur le site du CRA‑W, celui de l’Union des Villes et des communes de Wallonie, de Bee Wallonie, du CARI ou encore sur wallonie.be, et cetera. En termes de résultats, en 2023, 233 apiculteurs ont été formés à la protection des ruchers, 18 sections apicoles locales ont été équipées d’un kit de neutralisation des nids et 200 nids ont été neutralisés. Pour ce qui est du piégeage des fondatrices au printemps 2024, 6 524 pièges mis au point par le CRA-W ont été distribués et ont permis de capturer 802 fondatrices. Le piège est très sélectif, mais son attractivité peut être améliorée. Le plan a été reconduit en 2024, avec pour objectif notamment d’équiper 16 sections apicoles supplémentaires pour compléter la couverture du territoire, de développer une application de signalement des nids au bénéfice principal des apiculteurs, de tester des alternatives à la perméthrine et de préparer le déploiement d’un maillage de 40 pièges dans 200 ruchers, soit 8 000 pièges en 2025. À ce jour, 15 sections apicoles ont été nouvellement enrôlées. L’application de signalement FixMyStreet a été adoptée et est en cours de test tandis que six essais prometteurs de neutralisation de nids à la terre de diatomée ont été menés. Il est nécessaire de faire un bilan de la campagne écoulée et de poursuivre les efforts, car c’est en automne qu’il est possible de repérer en effet davantage de nids grâce à la chute du feuillage des arbres. En ce qui concerne le futur de ce plan de lutte, le plan de gestion destiné à soutenir le secteur apicole devrait être poursuivi en 2025. Un encadrement des 33 sections apicoles équipées et enrôlées à ce jour demeure indispensable pour garantir la gestion ciblée et raisonnée. La poursuite de la prise en charge et le défraiement des neutralisateurs bénévoles semblent nécessaires à court terme. La participation financière du secteur a été abordée, mais rien de concret n’a été proposé par ce dernier. L’année 2025 devrait donc être mise à profit pour dégager une solution.
Réplique de N. Janssen. – Merci beaucoup, Madame la Ministre, pour ces détails quant à la stratégie de gestion ciblée et raisonnée. Merci d’avoir rappelé aussi les trois axes notamment liés à l’impact apicole et la manière dont les interventions raisonnées et non systématiques sont donc réalisées. J’ai pris bonne note du fait que l’on veillerait notamment à tenter d’améliorer l’attractivité des pièges. C’est un élément, qu’on entend en effet assez régulièrement sur le terrain. Je suis curieux du bilan qui sera réalisé par l’administration.