QO 10/03/26 à la Ministre Neven : l’accompagnement de niveau 3 à la rénovation énergétique
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Question (Nicolas Janssen). – Madame la Ministre, en octobre prochain, vous prévoyez d’instaurer une réforme d’ampleur en matière de rénovation du logement. L’un des trois axes phares de celle-ci concernera l’accompagnement à la rénovation, dont l’efficacité pour augmenter le taux de rénovation a été démontrée par les acteurs du secteur.
Vous avez notamment annoncé la mise en place de guichets uniques territoriaux permettant un appui technique, ciblé, sur mesure en différents niveaux selon le profil des ménages et les caractéristiques du bâtiment concerné. Les guichets actuels relèvent principalement des niveaux d’accompagnement 1 et 2, c’est-à-dire de conseil et du soutien.
Or, l’un des enjeux majeurs de votre réforme sera d’élargir le nombre de ménages qui passent réellement à l’acte de rénover, ne serait-il pas essentiel que l’accompagnement de niveau 3 – all inclusive, qui permettrait de multiplier le taux d’un devis en rénovation par six, selon certaines estimations – puisse pleinement se déployer sur le terrain ?
Comment entendez-vous intégrer concrètement un tel accompagnement de niveau 3, tel que Reno+ l’a mis en place dans son projet pilote dans le nouveau régime de soutien à la rénovation ? Selon quelles modalités cet accompagnement renforcé pourrait-il être mis en œuvre ?
Mme Cécile Neven, Ministre de l’Énergie, du Plan Air-Climat, du Logement et des Aéroports. – Le rythme actuel de rénovation atteint à peine 1 % par an. L’augmentation de cette cadence est absolument nécessaire pour atteindre nos objectifs climatiques en réduisant l’empreinte carbone de nos bâtiments. Elle doit aussi contribuer à améliorer la qualité des logements et à lutter contre la précarité énergétique.
Toutefois, quand on se questionne sur les raisons de ce faible taux de rénovation, différents freins apparaissent : des freins financiers, une complexité technique, une complexité administrative, un manque d’information ou de connaissance. Bref, l’acte de rénover est un chantier complexe, face auquel les Wallons se trouvent souvent bien démunis malgré l’existence d’incitants. Ma réforme du régime global de soutien à la rénovation énergétique vise à changer de paradigme en agissant sur trois piliers : les aides via des prêts à taux zéro, un calendrier de rénovation et un accompagnement.
L’accompagnement à la rénovation énergétique est un élément fondamental pour encourager les ménages à s’engager dans un trajet de rénovation énergétique, assurant l’encadrement technique nécessaire, tout en garantissant la performance et la qualité des travaux réalisés. Différentes initiatives existent déjà en Wallonie à cet égard, au travers des plateformes locales de rénovation énergétique, de Reno+ ou encore de l’accompagnement réalisé par la SWCS et le Fonds du logement de Wallonie dans le cadre des Rénopack.
Par ailleurs, deux études ont été menées par le SPW entre 2022 et 2025 à propos d’un Service intégré d’accompagnement à la rénovation énergétique, le SIARE. Ces études visent essentiellement la structuration des acteurs de l’accompagnement et l’harmonisation de leurs missions, avec l’objectif d’amplifier la force de frappe en Wallonie et ainsi d’accélérer le rythme in fine.
Ces études ont été menées dans le cadre des travaux de l’alliance Climat-Emploi-Rénovation – ACER – et ont fait l’objet de différents groupes de travail et de consultations du secteur. Dans ce cadre, les acteurs existants de l’accompagnement, tels que les plateformes locales de rénovation, la SWCS, le FLW, les guichets de l’énergie, mais également Reno+ ont été largement contributeurs.
C’est dans ce contexte que j’ai initié la task force, avec l’intention d’opérationnaliser sur le territoire un réseau structuré et harmonisé de l’accompagnement.
À cette fin, j’ai mandaté le SPW TLPE et le SPW Secrétariat général pour piloter cette task force constituée du TLPE, de la SWL, de la SWCS et du Fonds du logement de Wallonie. Les travaux vont, dans un premier temps, se concentrer sur la transposition de l’article 18 de la directive PEB4 qui vise l’instauration de guichet unique pour la performance énergétique des bâtiments sur l’ensemble du territoire.
Je vous rappelle à cet égard qu’il faut un guichet unique pour 80 000 habitants. Il s’agit donc de structurer l’accompagnement de niveaux 1 et 2 ainsi que l’accompagnement de niveau 3 destiné aux publics précaires. Toutefois, à mon sens, cet accompagnement de niveau 3 devrait être étendu à l’ensemble des publics et des acteurs afin d’accélérer le rythme des rénovations.
Mon intention est de capitaliser sur les acteurs existants, c’est-à-dire les guichets Énergie, les infos-conseils Logement, les plateformes locales de rénovation énergétique, les guichets de la SWCS et du Fonds du logement de Wallonie qui ont une large expertise sur le sujet. L’objectif est ainsi de coconstruire ce paysage de guichet unique en Wallonie au sens de la directive PEB4.
Je compte m’appuyer également sur d’autres acteurs tels que Reno+, largement impliqué dans les études sur le fameux SIARE. Les travaux de la task force SIARE ont démarré en février et plusieurs réunions de travail ont déjà eu lieu. Il est encore trop tôt pour vous présenter les avancements concrets de ces travaux, mais sachez que mon intention est de soumettre une note d’orientation au Gouvernement avant l’été 2026 et d’aboutir en octobre à une définition claire de l’accompagnement à la rénovation énergétique. Je ne manquerai pas de vous revenir à ce moment-là.
Réplique de N. Janssen. – Merci beaucoup, Madame la Ministre, pour cette réponse vraiment complète et enthousiasmante. Vous avez évoqué une multiplicité de mesures qui seront reprises dans cette note d’orientation au Gouvernement que vous allez déposer avant l’été et qui déterminera la réforme que vous mettrez en œuvre en octobre. Parmi l’ensemble de ces éléments, je partage votre volonté d’élargir le niveau 3 à l’ensemble des candidats à la rénovation. Tous ceux qui sont passés un jour par une rénovation ont pu percevoir combien il s’agit d’un chantier complexe, et combien le fait d’être accompagné peut faire toute la différence. C’est d’ailleurs ce qu’attestent les projets pilotes qui ont été menés. Le taux de conversion d’un devis est soudainement passé de 10 ou 20 % à près de 80 %. Je partage donc votre souhait d’élargir ce niveau 3 et, idéalement, d’offrir ce niveau 3 à l’ensemble des candidats à la rénovation. Cela permettrait d’atteindre nos objectifs de tripler, voire quadrupler la rénovation dans notre Région.