QO 12/10/2026 à la Ministre Neven : Le commerce équitable et la juste rémunération des producteurs
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Question (Nicolas Janssen). – Madame la Ministre, la DPR consacre l’objectif d’assurer une rentabilité et un revenu équitable pour nos agriculteurs. Cette ambition rejoint, à l’échelle wallonne, les principes portés par le commerce équitable : une meilleure répartition de la valeur au sein des filières, une rémunération correcte des producteurs et une meilleure information du consommateur.
En Brabant wallon, seules six communes sur 27, soit environ 22 %, sont aujourd’hui reconnues comme « Commune du commerce équitable ».À l’échelle wallonne, l’annuaire officiel recense 48 communes engagées dans cette démarche.Si plusieurs initiatives locales témoignent d’une réelle mobilisation, ce chiffre illustre aussi le chemin qu’il reste à parcourir pour renforcer la sensibilisation des consommateurs et soutenir une rémunération plus juste de nos producteurs.
À cette fin, plusieurs initiatives existent en Wallonie. Je pense au label « Prix juste producteur », qui vise précisément à mieux rémunérer les producteurs. La ministre Dalcq indiquait récemment que les 54 producteurs du groupe « Fraises de Wallonie » commercialisent leurs produits dans un ravier commun bénéficiant de ce label.
Parallèlement, le Gouvernement wallon travaille au développement d’une marque forte, destinée à mieux identifier et valoriser les productions agricoles wallonnes.La ministre Dalcq a confirmé que la juste rémunération devait en constituer un objectif central et que le dispositif reposerait sur des cahiers des charges adaptés aux différentes filières. En juin dernier, elle avait indiqué que les concertations se poursuivaient et que le volet créatif ainsi que les mécanismes d’activation de la future marque étaient encore en préparation.
Comment la ministre entend-elle articuler cette future marque forte avec les dispositifs existants, en particulier le label « Prix juste producteur », afin d’éviter une multiplication des labels ou des cahiers des charges pour les producteurs ?Les principes du commerce équitable et, en particulier, la juste répartition de la valeur au sein des filières feront-ils explicitement partie des critères retenus dans le futur dispositif ?La ministre dispose-t-elle d’une évaluation du développement du label « Prix juste producteur » et des filières dans lesquelles son utilisation pourrait encore être renforcée ?Quels leviers la ministre entend-elle mobiliser pour que ces démarches se traduisent concrètement par davantage de débouchés et une amélioration effective du revenu des producteurs wallons ?
Mme Cécile Neven, Ministre de l’Énergie, du Plan Air-Climat, du Logement et des Aéroports. – Messieurs les Députés, lancer un tel projet ne consiste pas simplement à créer un label pour ensuite vérifier s’il rencontre l’adhésion du secteur et des consommateurs ou s’il respecte les règles européennes. Un tel projet doit être construit avec méthode.Il doit répondre à différentes contraintes juridiques et administratives, tout en tenant compte des conséquences pour les opérateurs locaux. Comme vous le savez, plusieurs initiatives ont déjà été menées par le passé. Je souhaite donc que le dispositif que nous construisons aujourd’hui soit à la fois solide, efficace et implémenté par le plus grand nombre possible d’acteurs du secteur.
Le projet avance et le travail avec les filières se poursuit. Nous analysons actuellement les positions exprimées par les différents acteurs afin d’identifier les éléments qui pourraient constituer le futur cahier des charges. D’autres consultations doivent encore être menées. Nous travaillons également à l’articulation de ce futur dispositif avec les labels et cahiers des charges existants.C’est un point important : nous devons veiller à maintenir un dispositif aussi simple et lisible que possible pour les producteurs.
La future marque forte doit contribuer à un objectif essentiel : mieux valoriser nos productions et favoriser une rémunération plus juste des producteurs. Elle n’a donc vocation ni à remplacer les dispositifs existants ni à ajouter une nouvelle couche de contraintes. Nous recherchons au contraire la complémentarité et la cohérence avec les démarches qui ont déjà fait leurs preuves, notamment le label « Prix juste producteur ». Ce dernier rassemble aujourd’hui plus de 400 producteurs engagés, représente un chiffre d’affaires de l’ordre de 64 millions d’euros et concerne plus de 800 produits labellisés, dont 30 % sont issus de l’agriculture biologique.Cependant, l’adhésion semble assez lourde administrativement et demande beaucoup d’engagement de la part des producteurs au niveau de la certification.
Concernant les critères du futur référentiel, l’objectif est également de mieux valoriser économiquement nos productions et, à terme, d’améliorer concrètement le revenu des agriculteurs. Le marché public relatif à la conception de l’identité visuelle et à l’accompagnement stratégique du déploiement a par ailleurs été attribué.L’agence retenue travaille désormais avec l’APAQ-W, le Collège des producteurs, Biowallonie et mon cabinet sur l’identité de la marque, les outils de communication et les modalités de son lancement.
En 2027, un budget spécifique à ce projet sera consacré par l’APAQ-W dans le cadre de son plan opérationnel qui doit encore être approuvé par le Gouvernement wallon.
Enfin, concernant le calendrier, les différentes étapes préparatoires étant aujourd’hui largement avancées, mon ambition reste de lancer le dispositif fin 2027, début 2028.
Au-delà du projet du repère fort, d’autres actions sont menées en parallèle, notamment dans le cadre de la PAC, mais aussi à travers le rapprochement de l’APAQ-W, du Collège des producteurs et de Biowallonie, afin d’améliorer le revenu des agriculteurs et de renforcer le travail sur la promotion, les filières et les débouchés. Notre objectif est de faire en sorte qu’une part plus importante de la valeur créée par nos productions agricoles revienne à celles et ceux qui les produisent, et que cette meilleure valorisation se traduise réellement dans le revenu des agriculteurs wallons.
Réplique de N. Janssen. – Madame la Ministre, je vous remercie pour ces éléments de réponse. Je suis bien d’accord avec vous quant à la nécessité d’agir avec méthode. L’objectif qui doit évidemment être très concret : la juste rémunération des producteurs constitue un enjeu essentiel et il s’agit de permettre aux producteurs de vivre dignement de leur travail, tout en donnant aux consommateurs les moyens de faire des choix suffisamment éclairés.
Bravo pour votre détermination à faire de cette future marque forte un véritable levier de valorisation de nos productions locales et de juste rémunération. Je pense que la solution passera aussi par une approche suffisamment cohérente et transversale au sein du Gouvernement, en veillant à la complémentarité et à l’efficacité des dispositifs existants qui permettront de renforcer les retombées pour nos producteurs.