QO 14/02/23 au Ministre Borsus : Les formations en rénovation énergétique
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Question (Nicolas Janssen). – Monsieur le Ministre, la rénovation énergétique est un enjeu stratégique pour la Wallonie. La formation permet notamment aux professionnels du bâtiment et aux propriétaires de bâtiments d’acquérir les connaissances et les compétences nécessaires à la réalisation de projets de rénovation énergétique. Dans ce contexte, il est important que les acteurs clés tels que les employeurs et les organismes de formation soutiennent pleinement la formation en rénovation énergétique pour garantir que la transition énergétique en Wallonie se déroule de manière cohérente et soit réussie. Dans ce cadre, l’Union européenne a pour objectif de répondre aux besoins du secteur et de former de la main-d’œuvre qualifiée pour rénover le parc immobilier et faire face aux défis climatiques. Ainsi, le projet RenoWatt, un projet européen Interreg, a pour ambition d’analyser les besoins des entreprises sur cette thématique, de créer une offre de formation en alternance et de favoriser la mobilité des travailleurs, notamment transfrontaliers. Il apparaît toutefois que les conditions d’accès pour la nouvelle formation en rénovation énergétique de l’IFAPME, qui s’inscrit dans ce cadre Interreg, sont bien plus sévères et restrictives que les conditions demandées par l’Union européenne. Monsieur le Ministre, savez-vous quelles sont les raisons de ces exigences ? J’ai été confronté à des acteurs qui les regrettaient. Selon eux, cela limite fortement la portée de la formation. D’après les exemples qu’ils m’ont montrés, notamment les échanges de mails et les contacts qu’ils ont eus avec ces organismes de formation, tout semblait fait pour les décourager de participer à ces formations, au point que la formation n’a pas pu avoir lieu. Elle a été annulée, faute d’un nombre suffisant de participants. Les contacts que j’ai eus ont finalement été acceptés eux-mêmes, mais ils étaient visiblement les seuls. Résultat : la formation a été reportée au mois de septembre. C’est réellement incompréhensible. Afin de ne pas nuire à l’objectif général du projet et de soutenir la dynamique du secteur de la construction sur le marché de la rénovation énergétique, une réévaluation des conditions d’accès est-elle envisageable ? Quelles actions pourriez-vous entreprendre afin de promouvoir davantage ces nouvelles formations en rénovation énergétique dans le but de donner toutes les chances à la Wallonie de réussir cette transition climatique ?
Réponse de M. Borsus, Ministre de l’Economie, du Commerce extérieur, de la Recherche et de l’Innovation, du Numérique, de l’Aménagement du territoire, de l’Agriculture, de l’IFAPME et des Centres de compétences. – Monsieur le Député, face aux défis économiques, environnementaux et sociétaux, face aux enjeux liés au climat, à l’emploi et aux compétences – sans oublier l’évolution du secteur de la construction –, l’IFAPME actualise régulièrement ses référentiels de formation. L’IFAPME veille à l’articulation entre les formations qualifiantes et continues. Elle veille également à l’articulation entre ces formations et les besoins du secteur et des entreprises, mais aussi, par exemple, avec l’évolution, notamment des matériaux, l’intégration de produits et de systèmes différents qui résultent des évolutions liées notamment à la nécessaire augmentation de la performance énergétique des bâtiments. À cet égard, notons que, depuis 2009, les compétences transversales liées à la PEB sont intégrées dans les référentiels de formation en formation pour l’apprentissage ainsi qu’en formation d’adultes. La poursuite de ce travail vise dorénavant le déploiement de formations professionnalisantes sur le thème de la rénovation énergétique des bâtiments, sur l’utilisation de matériaux biosourcés et l’intégration de cours spécifiques de type « rénovation énergétique » dans les formations cœur de métier de l’IFAPME, c’est-à-dire maçon, couvreur et menuisier. On emmène dans ces filières de formation l’ensemble des compléments ou des spécificités que je viens d’évoquer. En ce qui concerne le projet Interreg V France-Wallonie-Vlaanderen dénommé RenovAlte, qui est porté par l’IFAPME depuis 2018, celui-ci s’inscrit dans cette dynamique et est réalisé en partenariat entre les interlocuteurs que je viens de mentionner. Ce projet regroupe aussi d’autres partenaires de la formation en alternance ainsi que des acteurs ou des structures représentatives des branches professionnelles pour la Wallonie ; Embuild, le nouveau nom de la confédération Construction ; Constructiv, qui est le fonds social de la commission paritaire de la construction 124 ; Cap Construction, qui est le cluster des acteurs de la construction durable. Pour la France, nous retrouvons aussi une série d’interlocuteurs géographiques ou sectoriels. La création de la nouvelle formation de technicien coordinateur en rénovation énergétique a été réalisée à partir d’une analyse spécifique des besoins des entreprises de la zone étudiée couverte par ce programme Interreg, c’est-à-dire Marne, Ardennes, province de Namur et de Luxembourg en l’espèce. Cette analyse s’est appuyée sur un cycle de quatre tables rondes d’échanges avec des professionnels et sur la réalisation d’une enquête. La formation s’adresse à un public déjà actif dans le secteur de la construction et qui souhaite acquérir de nouvelles compétences techniques et/ou réglementaires afin de s’adapter au marché, aux évolutions et aux besoins que j’ai mentionnés. L’objectif premier est d’apporter des « compétences additionnelles » à des profils existants comme celui d’architecte, d’ingénieur, d’entrepreneur, de gestionnaire de chantiers et autres. Le public cible est donc un public spécifique dans lequel on retrouve des représentants ou acteurs d’entreprises et de bureaux d’études. Vu le niveau de technicité du métier, des conditions spécifiques d’accès ont été prévues. L’accès à cette formation peut être octroyé aux détenteurs de diplômes en lien avec le secteur de la construction ou de titres officiels de compétences validées ou acquises en formation, d’un diplôme de métreur deviseur à orientation PEB ou de gestionnaire de chantier organisé par l’IFAPME, ou encore d’un diplôme de l’enseignement secondaire ou supérieur, mais dans le secteur de la construction. Néanmoins, les personnes qui ne sont pas porteuses de l’un de ces diplômes ou certificats peuvent être admises en sollicitant le cas échéant une dérogation avec l’accord du conseiller pédagogique de l’IFAPME, tenant compte de leur expérience. Embuild Wallonie, la confédération Construction wallonne, soutient et fait la promotion de cette formation, au même titre que le projet Reno+, un projet pilote pour accélérer la rénovation de logements privés en Wallonie. La formation a également fait l’objet de plusieurs présentations. Une première au salon « Bois & Habitat » dédié à la construction, à la rénovation et aux aménagements en bois. Une seconde auprès du Club RH Embuild Wallonie. Il faut noter que cette offre de formation technique spécifique vient s’inscrire en complément d’autres formations et vise des niveaux et des publics différents. Je me permets de mentionner, par exemple, les offres de formation dans la construction de l’IFAPME, plus transversales, mais aussi le travail mené par le centre de compétences ConstruForm qui donne des formations en construction durable, PEB, écoconstruction, isolation, gestion des déchets et énergie renouvelable, et cetera. J’ai eu l’occasion de visiter récemment des équipements nouveaux qui permettent d’inclure des formations visant ces objectifs-là, dans un environnement équipé de façon moderne et actualisée. Voilà, en n’ayant pas été, je l’espère, trop long, Madame la Présidente, ce que je peux vous communiquer sur cette préoccupation.
Réplique de N. Janssen. – Je pense que nous ne pouvons que nous réjouir de ces formations et de ce qui est fait pour répondre aux besoins en termes de transition énergétique. Je me permets de penser toutefois que l’accès à ces formations pourrait être simplifié. Un autre exemple que je n’avais pas mentionné était qu’apparemment, il faut être physiquement sur place pour s’inscrire. Je ne comprends pas pourquoi un mail ne pourrait pas suffire. Si vous le permettez, je vous enverrai certaines interrogations qui étaient posées par des personnes ayant souhaité y participer. Cela fait probablement partie des maladies de jeunesse de ces formations. Je pense qu’un effort pourrait être fait et je vous remercie pour ce que vous ferez.