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Question (Nicolas Janssen). – Madame la Ministre, vous aviez rappelé, lors des discussions budgétaires de décembre dernier, combien les haies jouent un rôle essentiel dans nos paysages et dans la restauration des habitats et combien elles contribuent à reconnecter les milieux, protéger la faune, renforcer la biodiversité, améliorer la résilience des sols et des territoires tout en contribuant aux objectifs du Règlement européen sur la restauration de la nature. Vous aviez aussi confirmé à cette occasion que les moyens étaient là : un droit de tirage de 10 millions d’euros avec les communes, dont 300 000 euros sont justifiés et en cours de consommation, ainsi que 400 000 euros de manière récurrente avec cette année, une consommation toutefois d’à peine 15 000 euros.
Vous avez également indiqué en début d’année dernière qu’une évaluation externe du programme Yes We Plant était en cours. Vous aviez annoncé que vous analyseriez les conclusions de celle-ci avec votre administration. Votre intention était bien de continuer à soutenir la dynamique de plantation de haies et l’apport qu’elles représentent pour la biodiversité.
Madame la Ministre, comment expliquez-vous la très faible consommation des crédits disponibles ? Selon vous, est-ce lié aux procédures, aux modalités d’accompagnement, à un déficit de communication ou à d’autres facteurs ? Quelles mesures concrètes envisagez-vous pour relancer la dynamique, faciliter l’accès aux dispositifs et soutenir davantage les porteurs de projet locaux ? Où en est l’étude d’évaluation de Yes We Plant, et quelles conclusions peut-on en tirer afin d’adapter la stratégie actuelle en la matière ?
Mme Anne-Catherine Dalcq, Ministre de l’Agriculture et de la Ruralité. – Le programme Yes We Plant a permis, à la fin de l’année 2024, la plantation de 1 600 kilomètres de haies et près de 910 000 arbres en Wallonie. Un peu moins de 50 % des 4 000 kilomètres de haies systématiquement annoncés comme réalisés, compte tenu des actions en cours ou à réaliser. Depuis lors, le compteur n’a plus été actualisé. Ce travail s’est avéré particulièrement énergivore et peu pertinent, alors que plusieurs actions sont toujours en cours et permettront d’atteindre les objectifs annoncés. Il s’agit notamment du dispositif « Plants de haies gratuits » – dont la dernière distribution prévue aura lieu en 2026 – et du droit de tirage de 10 millions d’euros octroyé aux communes pour les plantations de ligneux indigènes à mettre en œuvre d’ici fin 2027. À ce jour, un montant de 314 892,57 euros a été justifié dans le cadre du rapportage intermédiaire. Afin de lever les freins liés au manque d’expertise, les frais d’encadrement sont désormais éligibles jusqu’à 15 % du montant des plantations et une communication régulière est assurée vers les communes.
En matière de bilan, il convient de souligner la structuration d’une filière wallonne de plants. J’ai d’ailleurs souhaité poursuivre le soutien à la structure d’encadrement des pépinières forestières et de plants de haies de l’Union ardennaise des pépiniéristes dans le cadre d’une convention de cinq ans. L’objectif de la structure est clair : tendre vers une couverture de 100 % des besoins wallons en plants indigènes et poursuivre la valorisation de la charte « Végétal d’ici ». D’autres mécanismes structurels également intégrés dans le programme Yes We Plant, comme la subvention pour la plantation de haies vives et de taillis linéaires, sont maintenus avec des budgets inscrits pour 2026.
Concernant la question de Mme Hanus sur ce point, la subvention à la plantation de vergers ne comprend pas de soutien aux arbres à moyenne tige, car ces arbres ne permettent pas de créer un écosystème aussi favorable à la biodiversité et à l’environnement que les vergers de haute tige.
Les conclusions de l’évaluation du programme mettent surtout en évidence la nécessité de renforcer les actions et la communication à destination des acteurs. Les surfaces agricoles représentent un potentiel majeur pour la biodiversité en plaine. La Wallonie dispose déjà d’un réseau de 23 000 kilomètres de haies agricoles qui contribuent à la résilience des systèmes agricoles, à la biodiversité, à la captation de carbone et à la protection des sols. Je souhaite renforcer cette collaboration avec les agriculteurs, en veillant à maintenir la simplification administrative comme priorité et à soulever toutes les contraintes.
En ce qui concerne le suivi des plantations, tous les projets subventionnés font l’objet d’une évaluation avant paiement sur la base de pièces justificatives et, pour certains, de contrôles de terrain ciblés ou aléatoires. En 2025, 40 projets ont ainsi été visités dans les provinces du Brabant wallon, de Luxembourg, de Liège et de Namur. Ces contrôles permettent de vérifier la bonne réalisation des travaux, la reprise des plants et leur entretien. Il n’existe pas d’évaluation spécifique de l’impact sur la biodiversité. En revanche, l’effet positif des haies, des éléments ligneux sur les habitats, la faune des plaines et la biodiversité en général est largement reconnu. Les haies jouent un rôle essentiel dans nos paysages et dans la restauration des habitats. Elles contribuent directement aux objectifs de la loi européenne sur la restauration de la nature, en reconnectant les milieux, en protégeant la faune et en renforçant la résilience de nos territoires.
Réplique de N. Janssen. – Merci, Madame la Ministre, d’avoir fait le point sur l’ensemble des éléments du dispositif – notamment les plants de haies gratuits, les programmes qui sont en cours –, d’avoir souligné l’importance de la communication régulière avec les communes, d’avoir précisé l’importance du travail autour des filières – c’est effectivement un des volets indispensables qui ont vu le jour et qu’il est important d’alimenter et d’entretenir, comme vous le faites.
J’ai pris note aussi des éléments d’évaluation que vous avez mentionnés, tels que la nécessité de renforcer l’action, la communication, mais aussi la collaboration avec les agriculteurs. Je pense que c’est indispensable. Enfin, merci d’avoir souligné l’impact sur la biodiversité – impact largement reconnu et accepté.