QO 19/10/2026 à la Ministre Glatigny : Usage des outils numériques personnels dans l’enseignement secondaire
-
Question (Nicolas Janssen). – Madame la Ministre, le numérique occupe une place croissante dans les apprentissages et la communication scolaire. Son utilisation offre des opportunités pédagogiques, mais soulève également des questions quant à l’équipement personnel des élèves. Depuis la rentrée scolaire 2025, l’article 1.7.12-1 du Code de l’enseignement fondamental et de l’enseignement secondaire interdit l’usage récréatif du téléphone portable à l’école. Sur le terrain, les pratiques conduisent toutefois les élèves à utiliser leur téléphone pour une consultation de plateformes scolaires, des applications interactives, la lecture de QR Codes ou la réception d’informations importantes, par exemple.
Cette situation peut placer les familles dans une position paradoxale: de nombreux parents avaient accueilli favorablement la réforme visant à limiter l’utilisation des smartphones pour leur enfant, en privilégiant par exemple un téléphone classique permettant les appels et les SMS. Or ces parents se retrouvent parfois confrontés à des pratiques scolaires qui nécessitent l’utilisation d’un appareil connecté, malgré leur volonté comme celle du décret d’en limiter l’usage, et ce, alors que le smartphone ne figure pas parmi les frais scolaires autorisés par l’article 1.7.2-2 du Code.
Une problématique similaire se pose avec le déploiement d’ordinateurs personnels dès le début de l’enseignement secondaire. Si ces outils peuvent soutenir les apprentissages, leur utilisation à domicile soulève des interrogations concernant le filtrage des contenus, la cybersécurité et le contrôle parental. Le cadre prévu par l’article 1.7.2-2, § 3bis, du Code encadre d’ailleurs le recours à l’équipement informatique individuel, notamment sur une base volontaire.
Enfin, Madame la Ministre, rappelons bien évidemment que les effets du numérique sur les apprentissages méritent une attention toute particulière. Les résultats de l’enquête du Programme international pour le suivi des acquis (PISA) ont mis en évidence une association entre les distractions numériques, notamment liées aux réseaux sociaux, et les performances scolaires. Ces constats invitent à réfléchir aux conditions dans lesquelles les outils numériques sont introduits à l’école, à l’âge auquel ils le sont et aux garanties permettant d’en encadrer l’utilisation.
Un élève doit-il disposer d’un smartphone personnel pour accomplir sa scolarité secondaire? Le cas échéant, l’activité numérique doit-elle pouvoir être réalisée par un autre moyen mis à disposition par l’école? Existe-t-il des balises concernant la fréquence à laquelle un élève peut être tenu de consulter les plateformes numériques de communication scolaire et le délai dans lequel les informations importantes doivent être communiquées? Disposez vous d’une évaluation des effets pédagogiques de l’équipement individuel des élèves en ordinateurs et de l’âge à partir duquel cet équipement se justifie? Et enfin, ce cadre peut-il être complété par des exigences techniques minimales, comme le filtrage des contenus, les pare-feu, les droits d’administrateur et le contrôle parental, afin que les parents gardent la maîtrise de l’appareil à domicile?
Mme Valérie Glatigny, première vice-présidente du gouvernement et ministre de l’Éducation et de l’Enseignement pour adultes. –Concernant le besoin ou non de possession d’un smartphone par les élèves, l’article 1.7.2-2., § 5, du Code de l’enseignement fondamental et de déconnexion et les consignes qui en découlent relèvent de la responsabilité du comité de concertation central de Wallonie-Bruxelles Enseignement (WBE) et des commissions paritaires de l’enseignement subventionné. Les décisions prises par ces organes sont à intégrer au règlement de travail de chaque école.
Le choix des plateformes numériques et la politique de communication associée sont dès lors déterminés par les pouvoirs organisateurs, en association avec leurs organes de concertation respectifs. Il en va de même en ce qui concerne les exigences techniques minimales, qui relèvent quant à elles de la communication entre le pouvoir organisateur de l’école et les parents. Toutes les familles ne disposant pas nécessairement des équipements, de la connectivité ou des compétences numériques, il importe que les écoles veillent à maintenir des voies de communication alternatives, non numériques, notamment pour transmettre des informations essentielles à la scolarisation des élèves, cela dans un principe d’équité.
S’agissant des effets pédagogiques, les travaux de mon administration sur les contenus d’apprentissage avec le numérique ou au numérique sont intégrés dans les référentiels. Sur les modalités d’équipement en fonction des âges, ils se basent notamment sur la littérature analysée, en particulier les travaux de Yapaka, ainsi que sur les recommandations issues de l’Union européenne, qui a défini un modèle d’entrée d’une classe adéquatement équipée.
l’enseignement secondaire précise que l’école est tenue de prévoir des modalités pour permettre à tous les élèves d’avoir accès à l’ensemble des apprentissages, que les parents aient accepté ou non de prendre en charge les frais scolaires proposés. En ce sens, plusieurs mesures existent pour soutenir l’acquisition d’équipements numériques par les parents ou les écoles de l’enseignement secondaire, afin que tout élève puisse suivre l’ensemble des apprentissages, en ce compris ceux qui nécessitent l’usage d’un outil numérique. Ces mesures sont intégrées au dispositif «Mes outils numériques», qui favorise l’acquisition d’équipements numériques par les écoles et les parents d’élèves de l’enseignement secondaire.
Complémentairement, une subvention-dotation supplémentaire aux frais de fonctionnement de l’ensemble des écoles a été intégrée au décret-programme du 17 juillet 2026 portant diverses dispositions relatives aux bâtiments scolaires, à l’enseignement supérieur, à l’enseignement obligatoire, à l’enseignement pour adultes, à l’enfance et à la recherche scientifique. Cette subvention-dotation est destinée à ce que les écoles financent ou maintiennent un équipement numérique minimal nécessaire à l’éducation au numérique, ou à l’éducation avec le numérique.
En ce qui concerne les balises sur les fréquences et délais sur les plateformes numériques de communication, les modalités d’organisation du droit à la déconnexion et les consignes qui en découlent relèvent de la responsabilité du comité de concertation central de Wallonie-Bruxelles Enseignement (WBE) et des commissions paritaires de l’enseignement subventionné. Les décisions prises par ces organes sont à intégrer au règlement de travail de chaque école.
Le choix des plateformes numériques et la politique de communication associée sont dès lors déterminés par les pouvoirs organisateurs, en association avec leurs organes de concertation respectifs. Il en va de même en ce qui concerne les exigences techniques minimales, qui relèvent quant à elles de la communication entre le pouvoir organisateur de l’école et les parents. Toutes les familles ne disposant pas nécessairement des équipements, de la connectivité ou des compétences numériques, il importe que les écoles veillent à maintenir des voies de communication alternatives, non numériques, notamment pour transmettre des informations essentielles à la scolarisation des élèves, cela dans un principe d’équité.
S’agissant des effets pédagogiques, les travaux de mon administration sur les contenus d’apprentissage avec le numérique ou au numérique sont intégrés dans les référentiels. Sur les modalités d’équipement en fonction des âges, ils se basent notamment sur la littérature analysée, en particulier les travaux de Yapaka, ainsi que sur les recommandations issues de l’Union européenne, qui a défini un modèle d’entrée d’une classe adéquatement équipée.
Réplique de N. Janssen. –Madame la Ministre, je vous remercie d’avoir rappelé le cadre général et souligné les différents principes, tels que le principe d’équité. Je tiens à souligner l’intérêt de la réforme visant à limiter l’usage récréatif des smartphones à l’école. Cela répond aux préoccupations partagées par de nombreux parents.
Il est par ailleurs important de veiller à ce que les pratiques numériques à l’école restent tout à fait cohérentes avec les objectifs poursuivis par la réforme, tout ne respectant les choix éducatifs des familles.
Cette volonté est partagée par le plus grand nombre: tirer pleinement parti des possibilités offertes par le numérique sans en faire une contrainte supplémentaire pour les élèves et leurs familles. C’est bien cet équilibre que nous devons viser dans l’intérêt des apprentissages et du bien-être des élèves et des familles.