QO 19/11/24 à la Ministre Neven : les prix dissuasifs en matière de rechargement des véhicules électriques
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Question (Nicolas Janssen). – Madame la Ministre, la transition vers une mobilité durable et la réduction des émissions de gaz à effet de serre impliquent en grande partie un passage massif aux véhicules électriques. En Belgique, cependant, le coût élevé de la recharge électrique représente un obstacle majeur pour les particuliers, menaçant de freiner cette transition nécessaire.
Bien que l’électrification de la mobilité bénéficie de certains avantages fiscaux et de coûts d’entretien réduits, les tarifs de recharge sont parmi les plus élevés en Europe – certaines études en ont encore attesté il y a peu – avec un prix moyen de 32 cents par kilowattheure à domicile, juste derrière des pays comme le Danemark ou le Royaume-Uni.
Cette situation est attribuée à plusieurs facteurs structurels, notamment les coûts de réseau élevés, une TVA de 21 % sur l’électricité des bornes publiques, comparée à seulement 6 % sur l’électricité domestique. Ce déséquilibre tarifaire augmente le coût pour les particuliers qui supportent ainsi des dépenses importantes pour chaque recharge, réduisant l’attractivité économique de l’électrique.
Les voitures de société dominent encore le marché de l’électrique grâce à une fiscalité avantageuse. Cependant, le déploiement du véhicule électrique auprès des particuliers reste beaucoup trop lent. Ces coûts de recharge élevés, combinés à un prix d’achat supérieur des véhicules électriques par rapport aux modèles thermiques, dissuadent les particuliers de passer à l’électrique, mettant ainsi en péril les objectifs de réduction des émissions de CO2 et de la transition climatique.
Face à l’enjeu de la transition climatique, quelles actions envisagez-vous pour réduire le coût de la recharge électrique pour les particuliers, en vue de favoriser l’adoption du véhicule électrique ? Étudiez-vous la possibilité d’harmoniser la TVA sur l’électricité des bornes de recharge publique avec celle de l’électricité domestique, afin de rendre les bornes publiques plus accessibles aux particuliers ?
Face au coût élevé des redevances de réseau, pourriez-vous envisager un dialogue avec les gestionnaires de réseau, en vue d’établir une structure de redevance plus favorable pour les utilisateurs de bornes de recharge, notamment dans un objectif de mobilité durable ?
Des mesures temporaires de soutien, comme un plafonnement du prix des bornes de rechargement publiques, sont-elles à l’étude ou envisagée pour faciliter l’adoption des véhicules électriques par les particuliers, en particulier dans les régions à faible accès aux infrastructures de rechargement ?
Mme Cécile Neven, Ministre de l’Énergie, du Plan Air-Climat, du Logement et des Aéroports. – Monsieur le Député, je suis alignée avec vous sur la nécessité d’un passage massif aux véhicules électriques. Je clarifie cependant quelques éléments. Il faut bien distinguer les cas de figure au niveau de la recharge électrique. On a d’une part la charge à domicile, et d’autre part, la charge publique au sein de laquelle nous devons encore différencier la charge lente et la charge rapide.
Vous mentionnez, comme le citent certaines études, notamment celle de l’Institut Transport & Mobility Leuven, publiée en octobre de cette année, que la charge à domicile coûte 32 cents par kilowattheure, ce qui nous place en effet dans le top 3 des pays les plus chers en Europe. Il en va de même selon ce rapport pour la charge publique lente. Par contre, nous sommes un peu mieux placés, mais tout de même dans le top 10 des pays les plus chers pour la charge publique rapide.
Pour nuancer ce propos, les prix de la Belgique sont très similaires à ceux pratiqués dans certains pays – par exemple, les Pays-Bas et l’Allemagne – qui ne sont que quelques cents moins chers que nous par kilowattheure pour la charge privée et la charge publique lente, et sont même un peu plus chers que nous pour la charge publique rapide.
Les prix pour la recharge à domicile sont directement liés au prix résidentiel de l’électricité. Les solutions pour réduire la recharge ne sont pas spécifiques à la recharge. Ce sera les solutions pour réduire le coût pour le résidentiel de manière générale. Comme je l’ai déjà évoqué, une des pistes de solution pour réduire de manière globale la facture d’électricité des ménages et accélérer l’électrification, ce sera un shift qui va viser à répartir les surcharges qui pèsent sur l’ensemble des vecteurs énergétiques en favorisant ceux qui sont décarbonés. C’est cela qu’il faut mettre en place. Ce shift permettra également d’avoir un impact sur la charge publique, bien entendu.
Cependant, on étudiera aussi tous les autres aspects financiers qui devront être améliorés. Je pense à cet égard, notamment aux coûts de raccordement pour la charge rapide qui sont trois fois plus élevés en Wallonie qu’en Flandre, et dont nous devrons discuter avec les gestionnaires de réseau et avec le régulateur.
J’ajouterai aussi que, pour ce type de recharge, la diminution des prix passera également plutôt par un plafonnement des prix qui pourrait mettre en difficulté les opérateurs des bornes et leur déploiement, par une concurrence accrue qui découlera de l’augmentation du nombre de bornes en Région wallonne. Nous sommes d’ailleurs déjà, avec mon collègue François Desquesnes, au travail pour atteindre cet objectif.
Je précise finalement que toute réduction tarifaire appliquée sur le coût d’une recharge serait a priori nécessairement répercutée sur les autres consommateurs électriques et, partant, sur la facture d’électricité de tous les consommateurs. Cette approche, à ce stade, n’est pas retenue. La facture d’électricité étant déjà fortement grevée par tout type de surcharges et d’obligation de service public, comme vous le savez.
Je vais conclure en précisant que, malgré ce prix, à l’usage, la mobilité électrique reste moins chère que la mobilité classique. En effet, avec la recharge à domicile, l’usage d’un véhicule électrique coûte environ 45 % moins cher qu’un véhicule classique à combustion.
Réplique de N. Janssen. – Merci beaucoup, Madame la Ministre, pour ces éléments de réponse. Je suis heureux d’entendre votre alignement sur une série de ces constats, de ces objectifs, et puis votre volontarisme en la matière. Je vous souhaite énormément de succès pour atteindre un maximum de ces objectifs. On sait que cinq années passent très vite et les objectifs sont nombreux, mais tellement prioritaires. On sait combien vous y êtes attachée et combien vous êtes déterminée en la matière.