QO 26/01/26 à la Ministre Glatigny : Recensement des outils contre le harcèlement scolaire
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Question (Nicolas Janssen). – « Je t’aime et tu es la meilleure maman du monde » ont été les derniers mots de Camélia, 17 ans, avant qu’elle se donne la mort le 13 janvier dernier. Victime de harcèlement scolaire dans son établissement, elle n’a pas été prise au sérieux malgré plusieurs alertes de sa maman à la direction et convocations chez le proviseur.
Cet événement, qui s’est déroulé en France, rappelle une fois de plus à quel point la prévention et la lutte contre le harcèlement et le cyberharcèlement à l’école sont essentielles au bien-être des élèves, à la qualité du climat scolaire et à la réussite éducative.
Dans ce cadre, le décret du 27 avril 2023 relatif à l’amélioration du climat scolaire et à la prévention du harcèlement et du cyberharcèlement scolaires continue d’être mis en œuvre, notamment à travers l’Observatoire du climat scolaire, créé pour accompagner cette politique et alimenter les écoles en ressources et en bonnes pratiques. Par ailleurs, beaucoup d’autres outils et programmes de prévention existent et sont utilisés par les écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Madame la Ministre, afin d’évaluer la portée, la cohérence et l’efficacité de tous ces dispositifs, pourriez-vous recenser les outils et programmes actuellement mis à la disposition des écoles pour prévenir et lutter contre le harcèlement et le cyberharcèlement, en dehors de ceux prévus par le décret-cadre ? Selon divers acteurs engagés sur cette question, avec lesquels j’ai discuté notamment lors de la Journée internationale des droits de l’enfant organisée par notre Parlement, un tel recensement permettrait de disposer d’une vue globale.
Par ailleurs, existe-t-il un système de suivi ou de monitoring structuré pour évaluer l’efficacité des outils et programmes existants ? Si oui, quels indicateurs ont-ils été retenus et comment ces informations sont-elles mises à la disposition des écoles ? À défaut, quelles mesures sont-elles envisagées pour prévoir un tel monitoring ?
Mme Valérie Glatigny, première vice-présidente et ministre de l’Éducation et de l’Enseignement de promotion sociale. – Monsieur le Député, le décret du 27 avril 2023 relatif à l’amélioration du climat scolaire et à la prévention du harcèlement et du cyberharcèlement scolaires constitue aujourd’hui le cadre général de la politique menée en matière de climat scolaire et de prévention du harcèlement et du cyberharcèlement, tandis que le programme-cadre en présente le volet opérationnel à l’échelle locale des établissements scolaires.
Dans ce contexte, pour assurer l’harmonisation et la cohérence des actions menées, l’Observatoire du climat scolaire est chargé de soutenir les écoles au moyen d’outils, mais aussi de formations reposant sur les recherches scientifiques dans ce domaine.
En dehors du programme-cadre, les écoles peuvent ainsi recourir à une boîte à outils mise à disposition par l’Observatoire du climat scolaire via la plateforme e-classe. Cette boîte à outils regroupe des ressources pratiques pour soutenir les équipes dans l’instauration d’actions de prévention, mais aussi d’interventions face aux violences, aux tensions et aux situations de harcèlement dans les écoles. Elle est aussi disponible pour tout opérateur impliqué dans ces thématiques.
Cet instrument vise également à proposer des outils mobilisables sur le terrain pour améliorer le climat scolaire. Il comprend environ une vingtaine de supports, comme des fiches, des guides, des supports de conférence ou des analyses. Ces ressources sont organisées en collections couvrant les outils de diagnostic, de prévention et de détection, les aides à la prise en charge, les programmes complets, les outils liés à la procédure de signalement obligatoire, ainsi que les aides à la communication et à l’information sur le climat scolaire.
Tous les établissements scolaires de la Fédération Wallonie-Bruxelles, soit environ 3 600 écoles, ont aujourd’hui accès à cette boîte à outils. Cette année, elles ont reçu trois affiches élaborées par l’Observatoire du climat scolaire, la Direction générale de l’enseignement obligatoire (DGEO) et le Service général du numérique éducatif (SGNE) pour informer la communauté scolaire sur les comportements à adopter et les contacts utiles en cas de harcèlement scolaire.
Depuis la rentrée 2023-2024, 235 écoles, réparties en deux vagues, ont participé à la mise en œuvre du programme de lutte contre le harcèlement. Dans ce cadre, elles bénéficient d’outils et de formations pour répondre aux phénomènes de harcèlement et cyber-harcèlement scolaire et pour améliorer le climat scolaire en classe. Actuellement, l’appel à projets pour les écoles de la troisième vague est en cours. Pour ce faire, je vous renvoie vers la circulaire 9611 qui a été envoyée le 3 novembre 2025.
En matière de suivi, je rappelle qu’il existe un monitoring afin de collecter de manière continue des données relatives à la mise en œuvre du dispositif. Ce monitoring contribue à l’évaluation d’une action, sans toutefois suffire à lui seul à l’évaluer.
Pour la boite à outils accessible à toutes les écoles, aucun monitoring structuré n’est prévu. Les équipes éducatives peuvent cependant s’approprier ces ressources, sans être obligée de procéder à un rapportage au pouvoir régulateur, et ce, afin d’éviter une surcharge administrative susceptible de freiner leur utilisation. L’Observatoire du climat scolaire invite toutefois les équipes à tester les outils et à compléter un questionnaire qui est associé à ces outils dans le but d’identifier d’éventuelles difficultés et permettre l’évolution de ladite boite.
Par ailleurs, le pôle d’expertise a validé le choix des outils proposés sur la base de critères de cohérence, de validité, de conformité et de pertinence au regard des recommandations scientifiques relatives au harcèlement.
Enfin, pour ce qui est spécifiquement du programme-cadre, un double processus de suivi et d’évaluation est prévu. D’une part, un monitoring du déploiement est assuré par l’Observatoire du climat scolaire, et ce, depuis la première année du dispositif et, d’autre part, une évaluation du dispositif lui-même sera pris en charge par mon administration lorsque le programme-cadre des écoles sélectionnées dans le cadre de la première vague sera arrivé à son terme, soit au cours de l’année 2027.
Réplique de N. Janssen. – Je vous remercie, Madame la Ministre, d’avoir rappelé de manière très complète les dispositifs existants, la boîte à outils, les fiches, les guides et l’ensemble des ressources à disposition. Vous avez également rappelé les possibilités de monitoring.
J’aimerais aussi rappeler, en lien avec votre réponse, que l’Office de la naissance et de l’enfance (ONE) a lancé, vers la fin de l’année 2024, une vaste consultation publique en Wallonie et à Bruxelles sous le nom « Parlons Enfance ». Cette consultation a compté plus de 10 000 participants. Dans ce cadre, plus de 90 000 contributions ont été apportées afin de mieux comprendre les enjeux contemporains liés à l’enfance, à la parentalité et aux familles. Au terme de cette enquête, une des conclusions de l’ONE était que « le harcèlement et plus globalement la violence à l’école apparaissent comme la source principale de glissement des jeunes vers le mal-être ». Les auteurs donnaient ensuite plus d’explications. Tous les outils dont vous avez rappelé l’existence sont réellement des réponses aux interrogations que formulent les acteurs. Ces outils sont indispensables. Je vous remercie pour le travail réalisé par l’administration et vos équipes. Je sais combien vous êtes attentive à l’ensemble de ces sujets.