QO 27/09/2026 à la Ministre Dalcq : la structuration de filières céréalières locales en Brabant wallon
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Question (Nicolas Janssen). – Madame la Ministre, le Brabant wallon est une terre de grande culture et une terre que vous connaissez bien. Sur les quelque 63 000 hectares de surface agricole utile que compte la province, 38 % sont aujourd’hui consacrés aux céréales. Ce territoire est donc particulièrement concerné par la question de la structuration des filières céréalières.
À Ittre, commune de l’ouest du Brabant wallon, certains agriculteurs figurent parmi les premiers à avoir rejoint en Belgique le programme Harmony, structuré autour du blé biscuitier. Ce programme réunit agriculteurs, collecteurs, transformateurs et industriels autour d’un débouché identifié, d’un cahier des charges commun et d’engagements à long terme. Ce modèle est intéressant, il associe création de valeur pour les producteurs, objectifs de biodiversité et diversification des rotations, notamment à travers les légumineuses. En Belgique, il rassemble aujourd’hui 158 agriculteurs, plus de 1 600 hectares de blé et 80 hectares de bandes fleuries en faveur de la biodiversité. Il est aussi appelé à évoluer, puisque l’ambition affichée à l’horizon 2030 entend renforcer les pratiques favorables au climat, à la restauration de la biodiversité – leurs objectifs et leur charte sont très clairs à ce sujet – et, par ailleurs, l’accompagnement des agriculteurs vers une agriculture régénératrice pour que du champ au biscuit, comme ils le disent, la filière, soit un véritable levier de transformation.
Or, je fais ici plus spécifiquement le lien avec l’action du Gouvernement. La DPR prévoit que le Gouvernement encourage la structuration des filières locales afin qu’elles soient compétitives. Madame la Ministre, vous aviez précédemment indiqué qu’une filière du blé biscuitier serait pertinente en Wallonie, tout en soulignant le risque de déclassement des récoltes lors des mauvaises années et de perte de revenus pour les producteurs, d’où l’intérêt de mécanismes de contractualisation. Quant aux légumineuses, je vous interrogeais encore récemment sur la structuration d’une telle filière wallonne.
Comment le Gouvernement entend-il favoriser concrètement l’émergence de filières locales structurées de ce type, comme le blé panifiable et les légumineuses ? Quels chaînons restent à renforcer ? Comment faciliter la mise en relation des acteurs et encourager des formes de contractualisation en sécurisant les débouchés ? On sait combien c’est important. Où en est la mise en œuvre du plan stratégique pour les céréales à valeur ajoutée et en particulier la structuration de la filière du blé panifiable, filière au sujet de laquelle je vous avais également interrogée dans le passé. Enfin, comment mieux articuler cette structuration des filières avec la protection de la biodiversité ou encore l’intégration des légumineuses dans les rotations ?
Mme Anne-Catherine Dalcq, Ministre de l’Agriculture et de la Ruralité. – Monsieur le Député, le programme Harmony démontre, en effet, qu’une filière locale peut créer de la valeur lorsqu’elle rassemble l’ensemble des acteurs de la chaîne – producteurs, transformateurs et acheteurs – autour d’un débouché et d’un cahier des charges commun. La mise en relation des différents maillons doit notamment pouvoir s’appuyer sur l’expertise du Collège des producteurs.
C’est précisément pour mieux mettre cette expertise au service du monde agricole que je souhaite renforcer l’accompagnement des filières et le développement des débouchés au sein de la future structure issue du rapprochement entre l’APAQ-W et le Collège des producteurs et Biowallonie.
La contractualisation relève avant tout de l’initiative des opérateurs économiques. Les pouvoirs publics peuvent toutefois jouer un rôle d’appui en diffusant les bonnes pratiques, en améliorant la transparence des critères de qualité et en accompagnant les démarches collectives. Dans cette perspective, le repère fort constituera un levier important pour soutenir le développement de filières locales et renforcer leurs débouchés. En travaillant avec chaque secteur concerné, l’objectif est de rendre plus visible pour le consommateur et de créer davantage de valeur au sein de la filière, et de mieux valoriser les produits qui en sont issus pour les agriculteurs.
Par ailleurs, il est toujours recommandé aux producteurs de sécuriser leurs débouchés par le biais de contrats. Les négociants traditionnels recourent d’ailleurs de plus en plus à la contractualisation pour structurer le développement des filières. L’offre de contrats filières est aujourd’hui nettement plus développée qu’elle ne l’était il y a cinq ans.
La biodiversité fait déjà partie intégrante de la réflexion menée autour du développement des filières. Les légumineuses, par exemple, contribuent à la fixation de l’azote, diversifient les rotations culturales et permettent de réduire le recours aux engrais azotés. La PAC wallonne soutient plusieurs mesures en faveur de la biodiversité et de certaines cultures, comme les cultures protéiques, ainsi que l’orge brassicole et les céréales de printemps.
L’ambition est donc de construire des filières répondant à une demande clairement identifiée, techniquement maîtrisée et économiquement viable. Je soutiendrai les démarches qui favorisent la coopération entre les différents acteurs dès l’amont de la chaîne, qui objectivent la qualité des productions, mutualisent les équipements nécessaires et offrent aux agriculteurs une visibilité et une valeur suffisante de leurs débouchés. C’est aussi l’objectif de la marque forte. L’enjeu est de préserver la rentabilité et la biodiversité dans une logique de complémentarité.
Réplique de N. Janssen. – Merci, Madame la Ministre, pour ces éléments de réponse. Comme vous l’avez dit, la filière locale crée de la valeur pour tous et il est donc particulièrement important de renforcer l’accompagnement des filières qui peuvent réellement créer de la valeur pour chacune des parties.
Vous avez également fait le lien entre ces filières et la biodiversité. C’est important de mettre en avant combien, en Wallonie et dans le Brabant wallon, nous avons des producteurs, des initiatives, des débouchés qui sont désireux de participer à ce type d’initiative, à ce type de mise en commun par les filières.
Cependant, comme vous l’avez dit aussi, pour que ces filières puissent réellement changer d’échelle, il faut mieux relier les différents maillons, donner davantage de visibilité aux agriculteurs aussi pour qu’ils aient envie de rejoindre ces filières, qu’ils soient convaincus des bienfaits, des bénéfices que cela peut générer, y compris sur le plan économique.
L’enjeu est dès lors de passer progressivement des projets et des expérimentations à des filières qui sont suffisamment structurées et pérennes. J’espère que cela pourra avancer aussi concrètement que rapidement.